Bénin – Budget 2026 : un pari de croissance à 7,5 % entre ambitions sociales et vigilance macroéconomique
Présenté comme « un budget de consolidation économique et sociale », le projet de loi de finances 2026 du Bénin, évalué à 3 783,984 milliards FCFA, marque une progression de 6,5 % par rapport à 2025. Le gouvernement projette une croissance de 7,5 % et une inflation contenue autour de 2 %. Entre investissements massifs, ambitions sociales affirmées et défis de soutenabilité, l’exercice s’inscrit dans un contexte régional et international incertain.
Un budget record tourné vers la transformation structurelle
Avec près de 3 784 milliards FCFA, le budget 2026 devient l’un des plus importants de l’histoire récente du Bénin. Selon le gouvernement, il vise à « consolider la dynamique économique engagée depuis 2016 » tout en renforçant les acquis sociaux.
Les priorités annoncées concernent :
- l’industrialisation – notamment autour des zones économiques spéciales ;
- les infrastructures – routes, mobilité, énergie, hydraulique ;
- le capital humain – santé, éducation, nutrition, enseignement technique ;
- la modernisation de l’administration fiscale.
« Ce budget doit permettre d’amplifier le changement de structure de notre économie et de protéger les couches vulnérables », a affirmé l’exécutif devant le Conseil économique et social.
42 % du budget consacrés au social : un choix assumé
Pour 2026, le gouvernement met l’accent sur les dépenses dites « à sensibilité sociale », qui représenteraient 42 % du budget. Ces dépenses couvrent notamment :
- l’alimentation scolaire dans les zones défavorisées,
- l’amélioration de l’accès aux soins,
- les programmes de nutrition maternelle et infantile,
- les réformes éducatives et professionnelles,
- les aides destinées aux ménages vulnérables.
Cette orientation, globalement saluée par les partenaires sociaux, est également perçue comme une réponse à la pression sociale dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie et l’extension des besoins urbains.
Une trajectoire macroéconomique ambitieuse
Le budget repose sur des hypothèses macroéconomiques volontaristes :
- Croissance attendue : 7,5 %
- Inflation : environ 2 %
- Déficit budgétaire : 2,7 % du PIB, en conformité avec le critère de convergence de l’UEMOA
- Dette publique : près de 50 % du PIB, niveau jugé « maîtrisé » par les autorités
Le gouvernement mise sur plusieurs leviers pour atteindre ces objectifs : dynamisme industriel, modernisation du port de Cotonou, essor du secteur agricole, attractivité touristique et investissements structurants.
Pour les économistes, ces projections restent toutefois conditionnées à l’exécution réelle des projets, à la stabilité régionale et à l’évolution des marchés internationaux.
Recettes : pas de nouveaux impôts, mais une mobilisation renforcée
Contrairement à certaines craintes, le budget 2026 n’introduit pas de nouveaux impôts. L’accent est mis sur :
- l’élargissement de l’assiette fiscale,
- la digitalisation des procédures,
- la lutte contre la fraude et l’évasion,
- l’amélioration du recouvrement.
L’objectif affiché est d’augmenter la contribution fiscale sans alourdir la pression sur les entreprises ni sur les ménages, un équilibre délicat dans un contexte social exigeant.
Les défis : exécution, réalismes des prévisions et chocs externes
Si son architecture est jugée cohérente, le budget 2026 n’est pas exempt de défis.
- Réalité de la croissance annoncée
Atteindre 7,5 % demeure ambitieux, surtout dans un environnement caractérisé par des tensions régionales, l’évolution incertaine des prix des matières premières et les risques climatiques pesant sur l’agriculture. - Capacité d’exécution
La qualité de mise en œuvre des investissements reste déterminante. Les retards d’exécution ou les difficultés administratives peuvent réduire l’impact économique attendu. - Vulnérabilité aux chocs externes
Commerce international, inflation importée, climat, sécurité régionale… autant de variables pouvant affecter les prévisions optimistes. - Effets sur les populations
Le défi majeur demeure la réduction des inégalités. Le budget devra démontrer sa capacité à améliorer la vie quotidienne des ménages, notamment en zones rurales.
Un pari économique assumé
Le budget 2026 apparaît comme un document à la fois volontariste et prudent. Volontariste dans ses ambitions de transformation structurelle et de justice sociale. Prudent dans la maîtrise affichée du déficit et de la dette.
La crédibilité de cet exercice dépendra néanmoins de la capacité du pays à mobiliser les recettes internes, à prévenir les chocs externes et à exécuter efficacement les projets annoncés.
En définitive, le budget 2026 du Bénin est un pari sur la croissance maîtrisée, un pari qui pourrait consolider les fondations économiques du pays — à condition que la mise en œuvre suive la vision affichée.
Oladélé
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