Rwanda–Belgique: le retour du dialogue  après dix-huit mois de rupture

Kigali et Bruxelles ont décidé, le 22 septembre 2026, de rétablir leurs relations diplomatiques et de rouvrir prochainement leurs ambassades. Cette normalisation intervient après dix-huit mois de crise provoquée principalement par leurs divergences sur la situation dans l’est de la République démocratique du Congo. Au-delà du geste diplomatique, cette reprise des relations ouvre une nouvelle séquence dans les rapports entre Kigali, Bruxelles et la région des Grands Lacs.

Octobre 4, 2026 - 12:36
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Rwanda–Belgique: le retour du dialogue  après dix-huit mois de rupture
Vers la résolution de la crise diplomatique, Rwanda-Belgique

Kigali et Bruxelles ont décidé, le 22 septembre 2026, de rétablir leurs relations diplomatiques et de rouvrir prochainement leurs ambassades. Cette normalisation intervient après dix-huit mois de crise provoquée principalement par leurs divergences sur la situation dans l’est de la République démocratique du Congo. Au-delà du geste diplomatique, cette reprise des relations ouvre une nouvelle séquence dans les rapports entre Kigali, Bruxelles et la région des Grands Lacs.

La poignée de main entre les ministres rwandais et belge des Affaires étrangères respectivement, Olivier Nduhungirehe et Maxime Prévot, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, marque un tournant dans une relation profondément dégradée depuis mars 2025. Les deux gouvernements ont annoncé conjointement, le 22 septembre, leur décision de rétablir les relations diplomatiques et de procéder prochainement à la réouverture de leurs ambassades. Cette normalisation ne constitue toutefois pas l’effacement des divergences qui avaient conduit à la rupture. Elle traduit plutôt la volonté des deux capitales de rétablir un canal diplomatique permanent, précisément pour pouvoir gérer leurs désaccords.

Une rupture née de la crise congolaise

Pour comprendre la portée de cette reprise, il faut revenir à mars 2025. Le Rwanda avait alors décidé de rompre ses relations diplomatiques avec la Belgique, accusant Bruxelles de prendre position contre Kigali dans le conflit qui oppose notamment les autorités congolaises au mouvement AFC/M23 dans l’est de la RDC. La Belgique avait ensuite réagi par l’expulsion de diplomates rwandais et par la fin de certains dispositifs de coopération bilatérale. 

Au cœur de la controverse, se trouve le rôle attribué au Rwanda dans la crise sécuritaire congolaise. L’ONU et plusieurs gouvernements occidentaux accusent Kigali de soutenir le M23, ce que le gouvernement rwandais conteste. Kigali affirme notamment agir face aux menaces provenant de groupes armés hostiles présents dans l’est de la RDC. La question congolaise reste donc le principal dossier susceptible de tester la solidité de la nouvelle phase diplomatique.

Le choix du dialogue plutôt que de la rupture

Le changement de ton est particulièrement visible dans le vocabulaire employé par les deux gouvernements. Dans leur déclaration commune, Kigali et Bruxelles affirment vouloir maintenir un dialogue ouvert, franc et transparent afin de traiter leurs différends bilatéraux et de discuter des désaccords persistants sur les questions internationales. Ils ont également retenu la non-ingérence, le respect mutuel et l’engagement constructif comme principes devant guider leurs relations futures. Cette évolution est importante : elle signifie que le désaccord n’est plus considéré comme une raison suffisante pour interrompre les relations diplomatiques. Le processus de rapprochement ne s’est d’ailleurs pas construit en quelques jours. Les deux ministres des Affaires étrangères se sont rencontrés et ont multiplié les contacts informels au cours des derniers mois. Les deux pays ont par ailleurs remercié le Qatar, qui avait facilité leur première rencontre à Doha en juin 2025. 

Des ambassades bientôt rouvertes

La reprise sera progressive. Les ambassades rwandaise et belge doivent être rouvertes prochainement. Dans un premier temps, elles seront dirigées par des chargés d’affaires par interim, accompagnés d’équipes diplomatiques réduites. Les deux pays prévoient ensuite de présenter les demandes d’agrément pour leurs ambassadeurs. Ce calendrier traduit une approche prudente. La restauration des relations diplomatiques est actée, mais la normalisation complète nécessitera encore des étapes administratives et politiques. Pour Kigali, le retour d’une représentation diplomatique belge constitue également une réouverture d’un canal direct avec un pays qui joue un rôle important au sein de l’Union européenne. L’ambassadeur rwandais en Belgique devrait d’ailleurs également être accrédité auprès de l’Union européenne. 

Bruxelles maintient ses positions sur la RDC

La reprise du dialogue ne signifie cependant pas que la Belgique abandonne ses positions sur la crise congolaise. Le ministre belge Maxime Prévot a explicitement indiqué que la restauration des relations ne signifiait pas l’abandon des positions de Bruxelles. La Belgique entend notamment continuer à défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC et à soutenir les processus diplomatiques visant à mettre fin au conflit. Cette précision est essentielle pour comprendre la nature de l’accord. Kigali et Bruxelles ne déclarent pas avoir résolu leurs divergences. Ils reconnaissent plutôt que ces divergences peuvent être gérées dans le cadre de relations diplomatiques normales.

Une nouvelle chance pour la diplomatie régionale

Le rapprochement intervient alors que la région des Grands Lacs demeure confrontée à une situation sécuritaire complexe. Le conflit dans l’est de la RDC continue d’avoir des conséquences humanitaires, politiques et économiques considérables. Dans ce contexte, la réouverture du dialogue entre la Belgique et le Rwanda pourrait faciliter les échanges sur plusieurs dossiers : coopération bilatérale, sécurité régionale, développement, investissements et relations entre le Rwanda et l’Union européenne. Mais la véritable question sera celle de la capacité des deux gouvernements à maintenir le dialogue lorsque leurs intérêts divergent. La déclaration du 22 septembre apporte une réponse diplomatique : privilégier les canaux de communication plutôt que la rupture. Reste désormais à savoir si cette nouvelle architecture permettra de traiter les dossiers les plus sensibles, notamment celui de la RDC, sans provoquer une nouvelle détérioration. La normalisation entre Kigali et Bruxelles ne clôt donc pas le contentieux des dix-huit derniers mois. Elle ouvre plutôt une nouvelle étape : celle d’une coexistence diplomatique avec désaccords, dans laquelle le respect mutuel et la non-ingérence sont désormais officiellement présentés comme les principes directeurs.

Pour l’Afrique des Grands Lacs comme pour les partenaires européens, l’enjeu dépasse ainsi la seule relation bilatérale. Il s’agit de vérifier si le dialogue peut redevenir un instrument suffisamment solide pour accompagner la recherche de solutions à une crise régionale dont les conséquences dépassent largement les frontières du Rwanda et de la Belgique.

 

Par Nicole HADAGBA

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