ISRAËL : NETANYAHU PERD SA MAJORITÉ, MAIS LE POUVOIR RESTE À PRENDRE

Les résultats définitifs des élections législatives du 27 octobre redistribuent les cartes politiques en Israël. Si le Likoud de Benjamin Netanyahu demeure la première formation politique du pays, le bloc qui soutient le Premier ministre sortant perd sa majorité parlementaire. Avec 19 sièges obtenus par les formations arabes, les négociations pour la constitution du prochain gouvernement s’annoncent particulièrement délicates.

Octobre 30, 2026 - 17:26
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ISRAËL : NETANYAHU PERD SA MAJORITÉ, MAIS LE POUVOIR RESTE À PRENDRE

Le verdict des urnes est désormais connu. Et il ne règle pas encore la question essentielle : qui gouvernera Israël demain ?

Au terme du dépouillement des suffrages, la Commission électorale centrale a publié, vendredi 30 octobre, la répartition définitive des 120 sièges de la 26e Knesset, le Parlement israélien. Un scrutin qui recompose sensiblement les équilibres politiques du pays et place Benjamin Netanyahu face à une nouvelle équation parlementaire.

Le Likoud, sa formation politique, arrive en tête avec 27 sièges. Il devance Yashar, le parti conduit par Gadi Eisenkot, crédité de 21 sièges, tandis que B’Yachad, dirigé par Naftali Bennett, en obtient 12. Mais cette première place ne suffit pas à garantir au Premier ministre sortant la possibilité de constituer une nouvelle majorité.

Une majorité gouvernementale qui échappe à Netanyahu

Les chiffres sont particulièrement révélateurs. Le bloc favorable à Benjamin Netanyahu ne recueille que 53 sièges, loin des 61 nécessaires pour disposer de la majorité absolue au Parlement. En face, les formations de l’opposition rassemblent 48 sièges. Les partis arabes, avec 19 élus, occupent désormais une position parlementaire qui pourrait peser considérablement dans les négociations à venir.

Cette configuration traduit une réalité politique importante : aucun des deux principaux camps ne dispose, à lui seul, des moyens parlementaires nécessaires pour former un gouvernement.

Pour Benjamin Netanyahu, qui dirige la vie politique israélienne depuis de nombreuses années, le résultat constitue un revers dans sa capacité à mobiliser une majorité parlementaire. Son parti conserve la première place, mais son alliance politique perd une partie de son assise.

Pour autant, il serait prématuré de conclure à la fin de son parcours gouvernemental. En Israël, le pouvoir ne revient pas automatiquement au parti arrivé en tête. Il dépend de la capacité des différentes formations à construire une coalition capable de réunir une majorité à la Knesset.

Les partis arabes, nouveaux acteurs incontournables de l’équation parlementaire

L’un des enseignements les plus significatifs de cette consultation réside dans la progression des formations politiques arabes.

La Liste commune obtient 11 sièges, tandis que Ra’am en décroche 8. Ensemble, ces deux formations représentent 19 parlementaires, un résultat historique qui leur confère un poids politique considérable dans la nouvelle configuration institutionnelle.

Cette progression intervient dans un contexte où la participation électorale a atteint 77,9 %, avec plus de 5,7 millions de suffrages exprimés. Elle témoigne notamment d’une mobilisation importante de l’électorat arabe israélien.

Mathématiquement, une coopération entre les 48 députés du principal bloc d’opposition et les 19 élus des formations arabes pourrait permettre de réunir 67 sièges. Une telle configuration offrirait donc une possibilité de majorité parlementaire alternative à celle de Benjamin Netanyahu.

Mais entre les calculs arithmétiques et les réalités politiques, la distance reste importante.

Plusieurs responsables de l’opposition ont, avant même le scrutin, exprimé leurs réserves quant à la perspective de gouverner avec le soutien des partis arabes. Avigdor Lieberman a notamment réaffirmé son refus d’une coalition reposant sur leur appui. Gadi Eisenkot et ses alliés devront donc répondre à une question délicate : jusqu’où sont-ils prêts à aller pour construire une majorité susceptible de mettre fin au gouvernement Netanyahu ?

Des accusations de fraude qui ajoutent à la tension politique

Comme si les négociations parlementaires ne suffisaient pas à compliquer la situation, la publication des résultats s’est accompagnée d’une controverse sur la régularité du scrutin.

Le Likoud a publiquement dénoncé ce qu’il considère comme une manipulation de l’élection, mettant notamment en cause des financements étrangers et l’influence supposée des formations arabes.

Ces accusations ont toutefois été formulées sans présentation publique de preuves permettant d’établir une fraude systématique. Le Shin Bet, le service israélien de sécurité intérieure, a ouvert une enquête sur de possibles ingérences étrangères. L’agence a néanmoins précisé que cette procédure était circonscrite et ne devait pas conduire à mettre en cause collectivement une communauté entière d’électeurs.

De son côté, la Commission électorale a indiqué que cette investigation ne modifierait pas les résultats définitifs publiés.

Cette séquence soulève une question institutionnelle importante : comment préserver la confiance dans le processus électoral lorsque les résultats produisent une recomposition politique aussi sensible ? La contestation des irrégularités éventuelles relève naturellement du fonctionnement démocratique. Encore faut-il que les accusations soient étayées et que les institutions compétentes puissent établir les faits.

Qui gouvernera Israël demain ?

La suite se jouera désormais dans les négociations politiques.

Le président Isaac Herzog doit recevoir officiellement les résultats le 4 novembre avant d’engager les consultations avec les différentes formations représentées à la Knesset. La nouvelle assemblée doit entrer en fonction le 10 novembre.

Plusieurs scénarios sont envisageables. Benjamin Netanyahu pourrait tenter de convaincre certaines formations de l’opposition de rejoindre une coalition élargie. Gadi Eisenkot pourrait, de son côté, rechercher un accord avec les partis arabes ou obtenir le soutien de formations actuellement proches du camp gouvernemental. Une autre possibilité serait la constitution d’un gouvernement minoritaire bénéficiant d’un soutien parlementaire ponctuel.

Si aucune majorité viable ne se dégage, Israël pourrait être conduit vers une nouvelle consultation électorale, tandis que le gouvernement actuel continuerait d’expédier les affaires courantes.

Au-delà des négociations, ce scrutin intervient dans un environnement national particulièrement sensible, marqué par les conséquences de la guerre, les préoccupations sécuritaires, les tensions régionales et les interrogations persistantes sur la conduite politique et militaire du pays.

La prochaine majorité devra donc non seulement résoudre une équation parlementaire, mais également répondre à des attentes profondes sur la sécurité, la gouvernance et l’avenir politique d’Israël.

Une élection qui ne désigne pas encore son véritable vainqueur

Au soir de cette consultation, une distinction s’impose : remporter le plus grand nombre de sièges ne signifie pas nécessairement accéder au pouvoir.

Benjamin Netanyahu conserve la première place à travers le Likoud, mais son bloc ne dispose plus de la majorité. Gadi Eisenkot dispose d’une opposition renforcée, mais celle-ci reste confrontée à ses propres contradictions. Quant aux formations arabes, leur poids parlementaire leur ouvre une nouvelle marge de négociation, sans leur garantir pour autant une participation au gouvernement.

C’est toute la singularité de ce scrutin : les électeurs ont renouvelé le Parlement, mais ils n’ont pas encore déterminé clairement la prochaine configuration gouvernementale.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui a remporté le scrutin. Elle est désormais de comprendre qui acceptera de négocier avec qui, à quelles conditions et au prix de quels compromis.

En Israël, le verdict des urnes est tombé. Celui des négociations politiques reste à écrire.

La Rédaction 

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